Faut-il faire un bilan pendant un arrêt de travail ?

Carole Gendre

Carole Gendre – Coach professionnelle

Je rencontre régulièrement des professionnels qui souhaitent faire un bilan pendant un arrêt de travail : trop plein, angoisses, stress, insomnies, fatigue intense ou épuisement professionnel, burn-out… le médecin a dit stop.

A chaque fois, la demande est la suivante :

« Je voudrais faire le point sur ma carrière pour faire autre chose, ou faire autrement, il faut que ça change, que je trouve une solution… »

Et au cours de mon dernier RDV comme très souvent, ma réponse a été la suivante :

« Oui, je peux vous accompagner et ce sera avec plaisir, mais pas avant quelques semaines… »

Parce que je n’ai plus le temps de prendre de nouveaux accompagnements ? C’est vrai que nous avons des emplois du temps chargés au cabinet 😉 mais non, ce n’est pas pour cette raison…

Alors faire un bilan pendant un arrêt de travail, est-ce une bonne idée ?

Des maux qui ne se voient pas

Imaginez : l’un de vos collègues se casse une jambe au ski. Un mois d’arrêt.

D’après-vous la personne concernée va-t-elle se sentir coupable ? C’est possible, mais elle va probablement se concentrer sur son rétablissement pour ensuite reprendre son activité professionnelle dans les meilleures conditions.

Pensez-vous que quelqu’un au sein de son environnement professionnel remettra son arrêt de travail en question ? Là, c’est peu probable. Au plus, quelques collègues de travail se plaindront de la surcharge ponctuelle liée à son absence.

Au contraire, lorsque l’arrêt est justifié par une question de santé mentale, le constat est nettement différent.

Dans la majorité des cas, une forme de culpabilité est très présente car il s’agit de maux qui ne se voient pas : difficile alors de ne pas se dire à soi-même que l’on devrait être capable de plus, de mieux, d’encore… Quant à l’entourage professionnel, force est de constater qu’il partage parfois cette vision des choses – à tort – et participe à l’ancrer : on peut par exemple entendre qu’il s’agit « d’apprendre à prendre un peu de recul », ou « de s’organiser autrement »…

Pourtant, une personne arrêtée pour une raison en lien avec sa santé mentale a, elle aussi, réellement besoin se concentrer sur son rétablissement pour ensuite reprendre son activité professionnelle dans les meilleures conditions…

Non, les salariés ne se font pas arrêter

Ce sont les médecins qui arrêtent les salariés. Et c’est très différent.

« Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. »

Il s’agit de la première phrase que prononcent les médecins lorsqu’ils prêtent serment. Faut-il rappeler que la seule et unique intention des médecins, lorsqu’ils émettent un arrêt de travail, est la santé – physique ou mentale – de leur patient·e ?

Pour ceux qui souhaitent creuser la question : le Serment d’Hippocrate et même le code de déontologie médicale

Alors parce qu’il me semble qu’il est important que ce soit écrit noir sur blanc : les personnes en arrêt de travail pour des raisons en lien avec leur santé mentale ne sont ni faibles, ni fainéantes, ni en « bons termes » avec leur médecin. Un expert dont c’est le métier a estimé qu’elles avaient besoin d’être arrêtées pour retrouver de l’énergie et préserver leur santé. Elles ont eu raison d’oser demander de l’aide, cela demande du courage.

Faut-il faire un bilan de compétences pendant un arrêt de travail ?

En arrêt de travail, la seule et unique urgence, c’est s’occuper de soi, se ressourcer, retrouver de l’énergie et sa santé.

Lorsque cet arrêt de travail est en lien avec les conséquences émotionnelles et psychiques d’une situation professionnelle, il est naturel de chercher à rapidement trouver des solutions, une « porte de sortie »… et donc quand les idées ne viennent pas – ce qui semble presque normal dans ce contexte, non ? –  le bilan de compétences est souvent synonyme d’espoir :

« Je vais faire un bilan, trouver une alternative professionnelle et changer. Ainsi je retrouverai mon bien-être professionnel et personnel. » CQFD.

Malheureusement, dans la pratique, les choses ne sont pas toujours aussi évidentes. Initier cette réflexion trop tôt, c’est clairement prendre le risque de vous mettre en échec.

Alors quand ?

Dès que vous vous sentirez mieux.

Si vous vous retrouvez dans certaines des affirmations suivantes, il est probablement encore trop tôt :

  • Vous avez envie de pleurer lorsque vous pensez à votre situation professionnelle,
  • Vous avez peur (de revenir au travail, de ne pas trouver de solution, de ne pas réussir ce que vous entreprenez…),
  • Vous êtes angoissé·e du matin au soir,
  • Vous avez l’impression de vivre avec un poids dans la gorge ou au niveau du thorax,
  • Vous ne dormez pas bien la nuit,
  • Vous ne vous alimentez plus correctement,
  • Vous vous sentez épuisé·e,
  • Votre image de vous-même est abîmée : culpabilité, honte, perte de confiance en soi, etc.
  • Vous n’avez envie de voir personne, pas même vos amis proches…

Mon conseil : donnez-vous une deadline et jusque là, lâchez-vous la grappe !

Au cours de tous ces échanges, ce que je remarque systématiquement c’est cette urgence à trouver une solution. C’est tout à fait naturel et compréhensible car les responsabilités et les engagements – notamment d’ordre familial et financier – peuvent être une réelle source de préoccupation. Par ailleurs, il est bien normal d’avoir envie de sortir d’une situation qui ne convient plus pour se projeter dans un futur stimulant et motivant.

Pourtant, c’est bien là tout l’objet de l’arrêt de travail : bénéficier du temps nécessaire pour prendre soin de sa santé. 

Aussi je propose souvent aux personnes avec lesquelles j’échange de définir une date qui leur parait raisonnable. Il s’agit d’un compromis avec soi-même en quelques sortes, à évaluer en fonction de la situation personnelle de chacun·e et allant de quelques jours à quelques semaines. Le fait de vous fixer une date permettra d’apaiser l’angoisse qui peut naître de l’idée de lâcher prise pour une période… indéfinie.

Pendant cette période, le deal est simple, il s’agit de mettre votre attention, vos intentions et vos actions au service d’un seul objectif : vous sentir bien ! 

  • Dormir autant que nécessaire,
  • Veiller à votre alimentation,
  • Avoir une activité physique quotidienne, ne serait-ce qu’un peu de marche autour de chez vous,
  • Profiter de vos proches, voir vos amis,
  • Lire,
  • Vous promener,
  • Créer,
  • Ecouter ou faire de la musique…
  • En bref, faire uniquement ce qui vous fait du bien, et le plus possible.
  • En parallèle de vos initiatives, n’hésitez pas à solliciter le soutien d’un professionnel de santé pour vous aider et vous soutenir dans cette démarche. Selon vos besoins il pourra s’agir de votre médecin généraliste, d’un psychiatre, d’un psychologue… le tout étant de vous inscrire dans une démarche suivie.

Pourquoi ? Parce que si votre objectif est de reprendre une activité professionnelle dans les meilleures conditions et au plus tôt, c’est le meilleur moyen de l’atteindre.

Une fois cette date limite atteinte, alors vous pourrez ré-évaluer la situation. Peut-être que le temps que vous vous serez laissé vous aura permis de vous sentir mieux, peut-être que vous aurez besoin de plus… dans ce cas, il s’agira de vous ré-interroger sur vos besoins, d’apprécier le chemin déjà parcouru et probablement de vous autoriser à poursuivre quelques temps encore sur cette voie du mieux. Mais chaque chose en son temps, et il sera temps d’y penser, à ce moment là…

C’est grâce à cette véritable pause – physique, intellectuelle et émotionnelle – que vous pourrez retrouver l’énergie nécessaire pour reprendre votre activité professionnelle ou vous inscrire dans une nouvelle dynamique, éventuellement avec l’appui d’un bilan de compétences.

Et apres ?

Bien sûr tout ne sera peut-être pas encore réglé, peut-être même que vous serez toujours en arrêt de travail, mais vous serez dans de bien meilleures conditions pour vous mobiliser sur un éventuel travail de bilan ou un projet professionnel.

C’est seulement à l’issue de ce temps de repos et de rétablissement que vous pourrez vous poser les bonnes questions et être en mesure d’y répondre. Vous sentirez que c’est le bon moment.

Si vous pensez que vous en êtes à cette étape, vous pouvez initier votre réflexion avec cet article pour identifier les véritables raisons pour lesquelles vous souhaitez changer de job.

Le bilan de compétences, une démarche qui demande de l’engagement et de l’énergie

Un bilan de compétences, c’est :

  • un rendez-vous par semaine pendant trois mois et
  • un travail individuel significatif entre les séances.

Cette démarche demande de l’investissement personnel, du temps et de l’énergie pour pouvoir aboutir sur un projet motivant, cohérent et réaliste.

Si vous vous sentez prêt·e, nous sommes là pour vous accompagner !

Et bien sûr n’hésitez pas à nous poser vos questions ou à partager vos réflexions en commentaire 😊

Belle semaine et à bientôt

Vous souhaitez être accompagné·e ?

Nous vous proposons un parcours sur 3 mois pour faire le point sur votre situation professionnelle et définir un projet à votre image.

Possibilité de financement CPF.

 

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